L’énergie biomasse est-elle renouvelable ou non ?

Rédigé par L'équipe de rédaction

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Parce qu’elle est d’origine naturelle et plus précisément organique, la biomasse est considérée en France et dans le monde comme une énergie renouvelable. Seulement, le fait de provenir de la forêt, des résidus de l’agriculture ou même des déchets produits par les ménages ne suffit pas à la qualifier d’écologique.

En effet, la biomasse peut être considérée comme une bioénergie uniquement si elle n’impacte pas l’environnement lors de sa production. Par exemple, le bois-énergie doit être issu d’une forêt éco-gérée et les autres ressources doivent être issues d’une gestion durable.

Finalement la biomasse est renouvelable ou pas ? Focus sur les différents aspects qui provoquent parfois le débat sur le côté écologique de l’énergie biomasse.

La production de biomasse émet-elle du CO2 ?

La biomasse est souvent considérée comme une énergie neutre en carbone

La biomasse est souvent décrite comme une énergie neutre et donc 100 % renouvelable. Mais attention, cela ne veut pas dire qu’elle ne produit pas de carbone. Simplement, la production de CO2 réalisée lorsqu’elle est brûlée pour produire de l’énergie serait équivalente à celle qu’elle aurait absorbée lors de son cycle de vie. En effet, grâce à la photosynthèse, les végétaux captent le CO2 présent dans l’air pour le transformer en énergie. Ils conservent ensuite cette quantité de carbone absorbée avant de le rejeter dans l’air une fois brûlés. C’est ce que l’on appelle le cycle du carbone.

Différence entre la biomasse cycle long et la biomasse cycle court

Dans ce cycle du carbone, deux biomasses se distinguent :

  • La biomasse de cycle long. Celle-ci concerne exclusivement le bois. La durée de vie d’un arbre étant assez longue, il est bien difficile de calculer exactement le volume de CO2 capté pour celui rejeté lors de la combustion, d’autant que l’espérance de vie d’un arbre dans une forêt n’est pas comparable à celui d’un arbre élevé et abattu pour l’industrie.
  • La biomasse de cycle court. Cette dernière concerne par exemple les pailles des céréales. La captation et le rejet du CO2 sont calculés sur l’année. Lorsque le blé pousse, il absorbe du carbone. Or, si les pailles ne sont pas brûlées pour obtenir de l’énergie, elles libèrent tout de même du CO2 lorsqu’elles se décomposent dans l’année. Quoi qu’il en soit, le bilan annuel de la biomasse de cycle court est neutre, qu’elle soit utilisée pour l’énergie ou non. Voici un schéma explicatif pour la biomasse de cycle court :
Exemple de rejet de CO2 sur une année pour la biomasse de cycle court – source : Citepa
https://www.citepa.org/wp-content/uploads/3.2-Biomasse-%C3%A9nergie-et-neutralit%C3%A9-carbone.pdf

Or, le point clé est que la neutralité carbone est vraie pour la biomasse de cycle court, mais pas pour la biomasse de cycle long. Un arbre aurait pu vivre des centaines d’années avant de libérer son CO2 absorbé, ce qui n’est pas le cas de la biomasse courte, qui l’aurait relâché quoi qu’il en soit. Les stocks de bois présents dans les forêts ont mis des dizaines voire des centaines d’années à se constituer alors que couper des arbres est très rapide. Cela peut créer, de ce fait, un déséquilibre en termes de rejets de CO2 : brûler du bois produit des émissions à court terme. La séquestration du carbone, quant à elle, prendra des dizaines d’années. Encore faut-il que la forêt soit éco-gérée.

Pour produire de l’énergie, la biomasse rejette-t-elle moins de CO2 que les matières fossiles ?

Ainsi, pour produire de l’énergie, la biomasse rejette du CO2 lors de sa combustion. Pour la biomasse de cycle court, le rejet de CO2 peut être qualifié de neutre, ce qui n’est pas le cas de la biomasse de cycle long. Le bois ne rejette d’ailleurs pas moins de CO2 lorsqu’il brûle que le fioul par exemple, ou que l’essence. Au contraire, il en rejette même plus.

Ainsi, le pouvoir énergétique du bois n’est pas très élevé. Mais cela ne signifie pas que le bois énergie et que la biomasse de manière générale n’est pas renouvelable et/ou utile pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Pourquoi la biomasse est-elle une énergie renouvelable ?

La biomasse n’est pas une énergie neutre, mais est-elle renouvelable ?

La production de biomasse pour l’énergie n’est donc pas neutre en carbone. Mais la biomasse est bel et bien renouvelable. En effet, après avoir été prélevé, le bois se reconstitue dans la nature et sur une durée raisonnable. C’est pour cela que même la biomasse de cycle long est considérée comme renouvelable, alors que sa combustion n’est pas neutre vis-à-vis de l’environnement.

D’ailleurs, dans le code de l’énergie, l’article L-211-2 décrit la biomasse comme une source d’énergie renouvelable tout comme l’éolien, le solaire, la géothermie, l’aérothermie, l’hydrothermie, l’hydraulique. Bien entendu, le côté biodégradable des matières organiques qui constituent la biomasse est aussi pris en compte.

Pour être considérée comme renouvelable, la biomasse doit être issue d’une exploitation bien gérée

La biomasse peut être qualifiée de renouvelable uniquement si elle est exploitée de manière éco-responsable. Exemple d’une biomasse bien gérée : le bois-énergie doit être issu d’une forêt éco-gérée, c’est-à-dire que ce la biomasse prélevée doit émettre autant de CO2 que ce qui est capté par la forêt. Il ne faut pas que la balance soit déséquilibrée. Les zones forestières et agricoles ne peuvent pas et ne doivent pas être surexploitées, ni dédiées à la production d’énergie.

Toute la chaîne de production d’énergie à partir de la biomasse doit être renouvelable

Bien évidemment, la production et le prélèvement de la biomasse ne sont pas les seuls éléments qui permettent de déterminer s’il s’agit d’une source d’énergie renouvelable. L’ensemble des acteurs de la chaîne, de la gestion des déchets, jusqu’à la valorisation et passant par le transport doivent être pris en compte et fournir un bilan carbone positif.


Pour la biomasse à cycle court comme le maïs, le blé ou encore le colza, le stock de carbone présent dans le sol ou encore les émissions de CO2 provoquées par la fertilisation sont autant d’éléments à prendre en compte pour établir un bilan fiable.

Finalement, la valorisation de la biomasse sous forme d’énergie est renouvelable ou non en fonction aussi de sa chaîne de production qui gagne ou perd du carbone. De même, la biomasse peut être considérée comme renouvelable si on la compare à d’autres techniques de production d’énergie plus polluantes. Ainsi, si elle rentre dans une logique de limitation des émissions de gaz à effet de serre, elle peut être considérée comme renouvelable.

Les limites de la biomasse dite “renouvelable”

Lors de la COP21, la Coalition mondiale des forêts a publié un rapport nommé « Biomythes, une coûteuse arnaque au carbone « . Ce dernier dénonce les centrales électriques qui continuent à produire beaucoup de CO2 en se justifiant par le fait qu’elles utilisent de la biomasse. Une dénonciation d’autant plus forte que selon ce document, 30 % de l’énergie produite par la combustion de la biomasse serait réellement utilisée pour produire de l’électricité. Le reste s’évacuerait sous forme de chaleur.

Autre fait dénoncé par ce rapport : l’augmentation de 150 % de la production de granulés de bois outre-atlantique parce que la biomasse est considérée comme une énergie renouvelable. Un greenwashing que la Commission européenne a prévu d’enrayer. Mais aucune mesure ne sera prise avant 2030. 

Sources :

La biomasse énergie est-elle neutre en carbone ?, Citepa, 2020

Legifrance, Code de l’énergie

Biomythes, une coûteuse arnaque au carbone, La Coalition mondiale des forêts, 2020