Le décret tertiaire représente un enjeu majeur pour la transition énergétique des bâtiments professionnels en France. Le décret tertiaire s’applique à tous les bâtiments tertiaires existants d’une surface de plancher supérieure ou égale à 1 000 m², qu’ils appartiennent à un seul propriétaire ou soient répartis au sein d’une copropriété. Sont également concernés les ensembles de bâtiments situés sur une même unité foncière dont le cumul des surfaces atteint ce seuil. Découvrons en détail les critères d’éligibilité et les différentes catégories de bâtiments soumis à cette réglementation.
Les critères de surface et de destination
Le décret tertiaire établit des critères précis pour déterminer quels bâtiments entrent dans son champ d’application. La compréhension de ces critères est essentielle pour identifier vos obligations.
Le seuil de 1 000 m² : règle fondamentale
La surface de référence prise en compte est celle définie selon le code de la construction et de l’habitation. Il s’agit de la surface de plancher close et couverte, calculée à partir du nu intérieur des façades. Cette surface exclut notamment les caves, sous-sols, combles non aménagés, remises et garages.
Pour un accompagnement pour le décret tertiaire, il convient d’examiner attentivement la configuration de vos locaux. Le calcul peut s’effectuer de plusieurs manières selon votre situation :
- Un bâtiment unique hébergeant des activités tertiaires dépassant 1 000 m²
- Une partie tertiaire au sein d’un bâtiment à usage mixte dépassant 1 000 m²
- Plusieurs bâtiments sur une même parcelle cadastrale dont le cumul des surfaces tertiaires atteint 1 000 m²
Le saviez-vous ? Certains services comme citron.io proposent un accompagnement dédié aux entreprises dans leur conformité au décret tertiaire.
La définition des activités tertiaires concernées
Le décret vise exclusivement les activités relevant du secteur tertiaire marchand ou non marchand. Cette notion englobe toutes les activités économiques autres que celles du secteur agricole et industriel. Les bureaux, commerces, services publics, enseignement, santé, restauration, culture et loisirs constituent les principales catégories concernées.

Certaines activités font l’objet d’une attention particulière quant à leur classification. Les zones logistiques et industrielles sont généralement exclues, sauf si elles incluent des espaces administratifs ou tertiaires significatifs atteignant le seuil réglementaire.
Les différentes catégories de bâtiments assujettis
La diversité des bâtiments concernés par le décret tertiaire reflète l’étendue du secteur tertiaire dans l’économie française. Chaque catégorie présente des spécificités en termes de consommation énergétique et d’opportunités de réduction.
Les immeubles de bureaux
Les immeubles de bureaux constituent la catégorie la plus emblématique du décret tertiaire. Qu’il s’agisse de tours de bureaux, d’immeubles administratifs publics ou privés, tous sont concernés dès lors que la surface tertiaire dépasse 1 000 m². Les sièges sociaux, centres administratifs, espaces de coworking et pépinières d’entreprises entrent également dans cette catégorie.
Cette catégorie représente un potentiel d’économies d’énergie considérable, notamment grâce à l’optimisation des systèmes de chauffage, ventilation, climatisation et éclairage. Les solutions de gestion technique du bâtiment (GTB) s’y révèlent particulièrement efficaces.
Les établissements commerciaux
Les surfaces commerciales sont largement représentées parmi les bâtiments assujettis. Cette catégorie comprend :
- Les centres commerciaux et galeries marchandes
- Les grandes surfaces alimentaires et spécialisées
- Les commerces de proximité dépassant le seuil
- Les showrooms et espaces d’exposition
Les établissements commerciaux présentent des profils de consommation spécifiques, avec des besoins importants en éclairage, réfrigération pour l’alimentaire, et climatisation. Les horaires d’ouverture étendus accentuent ces enjeux énergétiques.
Les établissements d’enseignement et de santé
Le secteur public n’est pas exempt de cette obligation. Les établissements d’enseignement (écoles, collèges, lycées, universités) et les infrastructures de santé (hôpitaux, cliniques, EHPAD, centres de soins) sont pleinement concernés lorsqu’ils dépassent 1 000 m².
L’enjeu pour ces établissements est double : réduire les dépenses publiques tout en contribuant à l’exemplarité de l’État en matière de transition énergétique.
Tableau récapitulatif des principales catégories concernées
| Catégorie de bâtiment | Exemples d’activités | Spécificités énergétiques |
| Bureaux | Sièges sociaux, administrations, coworking | CVC, éclairage, bureautique |
| Commerce | Centres commerciaux, grandes surfaces, boutiques | Éclairage intensif, réfrigération, climatisation |
| Enseignement | Écoles, universités, centres de formation | Chauffage, éclairage, occupation variable |
| Santé | Hôpitaux, cliniques, EHPAD, centres médicaux | Fonctionnement 24h/24, équipements médicaux |
| Hôtellerie-Restauration | Hôtels, restaurants, cafétérias | Eau chaude sanitaire, cuisine, climatisation |
| Services publics | Mairies, préfectures, services administratifs | Patrimoine ancien, contraintes architecturales |
| Culture et loisirs | Cinémas, théâtres, musées, salles de sport | Éclairage spécifique, ventilation importante |
Les cas particuliers et exemptions
Si le décret tertiaire s’applique largement, certaines situations particulières méritent une attention spécifique. La réglementation prévoit des nuances pour tenir compte de la diversité des configurations.
Les bâtiments à usage mixte
Pour les bâtiments combinant activités tertiaires et autres usages (habitation, industrie, agriculture), seule la partie tertiaire est prise en compte dans le calcul du seuil de 1 000 m². Si cette partie tertiaire atteint ou dépasse ce seuil, elle devient assujettie au décret, indépendamment de la surface totale du bâtiment.
Cette situation concerne fréquemment les immeubles en pied d’immeuble avec commerces et logements, ou les sites industriels comprenant des bureaux administratifs importants.
Les bâtiments provisoires et spécifiques
Certains bâtiments échappent à l’obligation du décret tertiaire. Les constructions provisoires prévues pour une durée d’utilisation inférieure à deux ans sont exclues. De même, les lieux de culte bénéficient d’une exemption en raison de leur usage particulier et de leurs contraintes patrimoniales spécifiques.
Les bâtiments destinés à la défense nationale et certaines infrastructures de sécurité peuvent également être exemptés pour des raisons de confidentialité ou de sécurité nationale.
Les situations de dispense exceptionnelle
Des dispositifs de dispense existent pour les propriétaires ou exploitants qui démontrent que les objectifs de réduction sont techniquement impossibles à atteindre ou disproportionnés économiquement. Ces demandes doivent être justifiées par des études techniques et économiques détaillées, et font l’objet d’une validation par les services compétents.
La dispense reste exceptionnelle et nécessite une démonstration rigoureuse de l’impossibilité d’atteindre les objectifs fixés par la réglementation.
Les obligations des propriétaires et exploitants
Être assujetti au décret tertiaire implique des obligations concrètes qui débutent par la déclaration sur la plateforme OPERAT (Observatoire de la Performance Énergétique, de la Rénovation et des Actions du Tertiaire).
La déclaration initiale sur OPERAT
Tous les assujettis doivent renseigner leurs bâtiments sur la plateforme OPERAT gérée par l’ADEME. Cette déclaration comprend les caractéristiques du bâtiment, les consommations énergétiques de référence et les objectifs de réduction choisis (réduction relative ou valeur absolue).
Cette étape administrative constitue le point de départ du dispositif de suivi et permet d’établir la trajectoire de réduction adaptée à chaque situation.
Le suivi annuel des consommations
Au-delà de la déclaration initiale, les assujettis doivent transmettre annuellement leurs consommations énergétiques réelles. Ce reporting permet de suivre la progression vers les objectifs fixés pour les échéances de 2030, 2040 et 2050, avec des réductions respectives de 40%, 50% et 60% par rapport à une année de référence.
Le défaut de déclaration ou le non-respect des objectifs expose les contrevenants à des sanctions administratives pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros par an et par bâtiment.
Identifier précisément vos obligations
Face à la complexité du décret tertiaire et à la diversité des situations, l’identification précise de vos obligations constitue une étape cruciale. La surface de vos locaux tertiaires, leur affectation, leur configuration en copropriété ou unité foncière unique, tous ces éléments déterminent votre assujettissement.
Les propriétaires et exploitants de bâtiments tertiaires ont tout intérêt à anticiper leurs obligations plutôt qu’à subir les contraintes réglementaires. Une approche proactive permet de planifier les investissements, d’identifier les gisements d’économies d’énergie et de valoriser son patrimoine immobilier par l’amélioration de sa performance énergétique.
L’accompagnement par des experts spécialisés facilite grandement cette démarche, depuis l’audit initial jusqu’à la mise en œuvre des actions de réduction et le suivi des consommations. Le décret tertiaire, loin d’être une simple contrainte, représente une opportunité de modernisation du parc immobilier tertiaire français et de maîtrise durable des charges énergétiques.


