Augmentation des prix de l’énergie : la Commission européenne réagit
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La crise énergétique touche durement l'Europe, au niveau de l'électricité et du gaz.

Augmentation des prix de l’énergie : la Commission européenne réagit

Augmentation conséquente du prix du gaz et de l’électricité, inflation, guerre en Ukraine, l’actualité n’est pas de tout repos en Europe. La crise énergétique secoue actuellement le vieux continent et la Commission européenne cherche des solutions afin de réduire son impact sur les ménages. Elle a notamment présenté son plan REPowerEU, qui met en place certaines mesures, dont le plafonnement des prix de l’électricité, la diversification des sources d’approvisionnement du gaz, ou encore une accélération de la transition énergétique. Tour d’horizon.

D’où vient la crise énergétique qui touche l’Europe ?  

Pour comprendre les tenants et les aboutissants de la crise énergétique qui touche actuellement l’Europe, il faut se tourner vers la Russie. En 2021, environ 45 % du gaz importé en Europe provenait de ce pays, ce qui représente environ 155 milliards de m3 (mètre cube). L’invasion de l’Ukraine par la Russie et les mesures punitives prises par l’Europe pour y répondre ont résulté en une réduction importante de l’import du gaz. Résultat : une explosion des tarifs du gaz (plus de 15 % d’augmentation !) et, par extension, de l’électricité. 

En effet, tout au long de l’année 2022, les prix du gaz et de l’électricité ont connu des fluctuations importantes : le prix du gaz a par exemple atteint près de 300 euros le mégawattheure en août 2022, avant de chuter à nouveau à la mi-décembre pour atteindre environ 70 euros le MWh. Les tarifs de l’électricité sur les marchés de gros, intimement liés à ceux du gaz, ont atteint près de 700 euros à l’été 2022. En janvier 2023, ils se sont stabilisés à environ 137 euros le MWh. Des tarifs cependant supérieurs à ce que l’on a pu connaître par le passé ! 

Ces hausses des prix de l’énergie ont d’ailleurs précipité une inflation record en Europe, avec un niveau qui n’avait pas été atteint depuis 1985 en France. Elle a en effet dépassé la barre symbolique des 5 %. Selon des chiffres de l’INSEE datant d’octobre 2022, les prix de l’énergie ont augmenté de 19,2 % sur un an, et ceux de l’alimentation de 11,8 %. Cela se répercute donc nettement sur le pouvoir d’achat des Français, qui ont dû dépenser 5 % de plus au mois de mai 2022 afin de maintenir leur consommation habituelle (c’est-à-dire au même niveau que les mois précédents).  

Ainsi, l’hiver 2023 s’annonce rude pour les Français. La Commission européenne prévoit une pénurie de gaz allant jusqu’à atteindre les 30 milliards de mètres cubes.  

Ce sont donc des enjeux majeurs qui attendent l’Europe dans les prochains mois : comment pallier ce manque important alors que les températures baissent et que la consommation va fortement augmenter ? C’est ce sur quoi la Commission européenne travaille activement depuis plusieurs mois. Cette dernière a proposé un plan, baptisé “REpowerEU”, censé répondre à cette crise et réduire progressivement la dépendance de l’Union européenne envers les combustibles fossiles russes. 

REPowerEU : Le plan de la Commission Européenne pour faire face à la crise énergétique  

Le plan proposé par la Commission européenne vise notamment à réaliser des économies d’énergie, produire une énergie propre et diversifier la source de l’approvisionnement en énergie de l’Union européenne. Autrement dit, ne plus être dépendant du gaz russe qui alimentait autrefois en masse l’Europe.  

Alors que l’Europe avait déjà entamé une sortie progressive de l’import du gaz russe sur le territoire, ce plan propose donc une accélération du processus. Objectif : être indépendant avant 2030. Ce plan propose donc une série de mesures en faveur d’une énergie européenne :  

L’une des plus importantes, bien sûr, c’est la diversification des sources d’énergie qui approvisionnent les pays européens. L’UE collabore donc avec ses partenaires afin de trouver des solutions rapides et efficaces. 

L’une de ces solutions est l’exploitation du gazoduc transadriatique (TAP), lancé en 2021 et provenant d’Azerbaïdjan. Il doit acheminer 10 milliards de mètres cubes de gaz par an, soit environ 2 % du total de la consommation énergétique européenne.  

Le projet EastMed est une autre piste explorée par l’Union européenne. En effet, ce gazoduc doit relier des champs de gaz chypriotes, israéliens et égyptiens vers l’Europe. Actuellement en cours de conception, il aura une longueur approximative de plus de 1 900 km. Problème : son coût mirobolant de 5,2 milliards d’euros et son impact environnemental négatif ! Reste donc à savoir si ce projet verra le jour, alors que l’Europe pointe vers une transition énergétique durable composée d’énergies plus respectueuses de l’environnement.  

D’autres projets de gazoduc sont en cours d’évaluation et pourraient voir le jour dans les prochaines années.  

Un deuxième point abordé par le plan REPowerEU, c’est l’économie d’énergie. En effet, il est bien entendu important de fournir l’Europe en énergie, mais il faut également que les pays de l’Union œuvrent pour lutter contre le gaspillage. Ainsi, la sobriété énergétique est de mise ! Que ce soit dans les entreprises ou les ménages, les citoyens sont appelés à consommer plus modestement l’énergie. Cela passe donc par des changements comportementaux : baisse de la température des chauffages, promotion des transports doux, etc.  

Enfin, ce plan veut également accélérer la transition vers une énergie propre. En effet, les énergies renouvelables sont bien moins polluantes, et surtout : beaucoup moins chères. Ainsi, le plan propose des investissements importants afin de favoriser les énergies vertes et ainsi remplacer rapidement les combustibles fossiles dont l’Europe est encore aujourd’hui largement dépendante.  

Comment la Commission européenne entend réduire les coûts de l’énergie pour les ménages et les entreprises ?   

Les premiers touchés par cette crise énergétique, ce sont bien entendu les ménages et les entreprises. La Commission européenne a donc mis en place des mesures afin de réduire la demande d’électricité, allégeant ainsi le coût de l’énergie pour les ménages. Cela passe notamment par la mise en place de plages horaires durant lesquels les citoyens sont appelés à réduire leur consommation d’au moins 5 %. Cela entrainerait notamment une réduction de la consommation de gaz d’environ 1,2 milliards de mètres cubes.  

La Commission agit également sur les tarifs réglementés de l’électricité et du gaz. En effet, elle souhaite notamment autoriser des prix règlementés inférieurs aux coûts de production, et élargir ces tarifs règlementés aux petites et moyennes entreprises.  

On note ensuite le plafonnement des recettes issues du marché pour les producteurs dits inframarginaux (énergies renouvelables, nucléaire ou encore ignite). En effet, ces derniers profitent de la crise énergétique pour pratiquer des tarifs élevés, alors même que leurs coûts de productions sont nettement inférieurs à ceux d’autres producteurs d’énergie. La faute aux prix élevés du gaz et du charbon qui agissent comme sources marginales de fixation des prix du marché, et qui gonflent actuellement le prix final de l’électricité. Ainsi, l’Europe prévoit de plafonner les recettes de ces producteurs à 180 euros/MWh. Les différents États sont ensuite libres de collecter ces ressources comme ils le souhaitent afin de les utiliser pour protéger le consommateur final d’électricité. 

Enfin, autre mesure d’urgence, l’Union européenne table sur la mise en place d’une contribution solidaire des entreprises actives dans les secteurs du pétrole brut, du gaz naturel, du charbon ainsi que du chauffage. Cette taxe sera calculée sur la base des bénéfices imposables qui dépassent de 20 % minimum la moyenne des bénéfices imposables depuis 2018.  

Les principaux objectifs de l’Union européenne face à la crise énergétique sont donc nombreux : il s’agit de garantir des prix de l’énergie abordable pour les consommateurs, d’accroitre la sécurité énergétique de l’Europe afin de faire face plus sereinement aux urgences, et de renforcer l’autonomie énergétique de l’UE. Rien que ça !